Ils font la Paulée… Laurent Cognard

Laurent Cognard

« Amener notre fête de fin des vendanges à Chalon »

 

 Vice-président du syndicat de l’appellation Montagny et président de la Confrérie des Embrasseurs du Fin Goulôt, Laurent Cognard évoque son terroir avec passion et savoir.

Pouvez-vous nous présenter votre Confrérie, nous expliquer quelle est sa vocation ? 

 

D’une manière simple, toutes les confréries sont là pour faire la promotion de leur appellation, c’est le principe de base. La nôtre a peu d’historique puisqu’elle remonte à 1991, créée par une poignée de vignerons de Montagny. Elle a repris un peu plus d’ampleur pour la grande St-Vincent Tournante qui s’est déroulée à Montagny en 2002. Sa vocation, comme toute confrérie, est de faire rayonner l’appellation partout, ce qui se fait par deux chapitres principaux : le premier pour la St-Vincent, puisque nous avons notre petite St-Vincent Tournante entre les quatre villages de l’appellation Montagny, qui a lieu l’avant-dernier week-end de janvier, donc avant la grande St-Vincent Tournante. Le second grand chapitre, c’est la Paulée de la Côte chalonnaise, qui a été créée par la Confrérie de Montagny et la Confrérie de Mercurey en 1999.

 

Pouvez-vous nous présenter l’appellation Montagny et ses spécificités en termes œnologiques ?

 

D’abord elle est la seule appellation 100% blanc de la Côte chalonnaise, à part Bouzeron, qui a sa spécificité avec l’aligoté. Montagny, de cépage Chardonnay, est l’une des plus vieilles appellations de Bourgogne puisqu’on fait partie des premières appellations de décret 1936 comme Chassagne ou Meursault. D’un point de vue géologique, Montagny est argilo-calcaire, un calcaire qui est très blanc et ramène énormément de minéralité dans nos vins. On a un parallèle gustatif avec Chablis, il amène beaucoup de tension dans les vins. On est sur une maturité entre Meursault et le Mâconnais, on est donc au Sud. On a des Chardonnay plutôt mûrs, friands et floraux, mais qui doivent avoir une fraîcheur en bouche sur de la minéralité comparable à celle de Chablis. C’est un peu le juste équilibre entre la maturité du Chardonnay et la fraîcheur par une belle tension minérale (le côté presque iodé sur certaines fins de bouche, ou plutôt crayeux sur d’autres terroirs, on est plus dans le vin rafraichissant que dans le vin nutritif. On appelle cela de la bonne buvabilité).

 

Alors selon vous, avec quels plats les vins de Montagny prennent-ils toute leur ampleur ?

 

Ils sont plutôt assez polyvalents du fait qu’ils se situent entre gourmandise et tension minérale. Ils peuvent aller aussi bien du vin d’apéritif au bon sens du terme, avec la tranche de persil, le petit fromage Comté ou les escargots de Bourgogne, et avec leur texture et leur tenue, on peut manger de la langoustine, du homard, des poissons grillés. Et plus on va vieillir dans le temps, plus on aura un côté beurré, plus le vin s’accordera à la poularde, le sandre à la crème, ou la côte de veau.

 

Relance : « On a largement notre place dans le panel des appellations bourguignonnes »

 

Pour le viticulteur que vous êtes, que représente cette Paulée de la Côte chalonnaise ?

 

Selon moi c’est plutôt l’aspect festif, d’amener notre fête de fins des vendanges à Chalon et de partager ce moment. C’est aussi un grand moment de communication autour de notre appellation. On est entre Côtes de Beaune et Mâconnais, on est bien présents, on fait partie du vieux vignoble bourguignon, on existe et je pense qu’on a largement notre place dans le panel des appellations bourguignonnes et encore plus au niveau des appellations mondiales. C’est donc aussi une manière pour nous de faire connaître nos appellations, d’en parler, de les montrer.

 

Pour vous, quel est le sens des intronisations ?

 

Il existe deux types d’impétrants : des acteurs du monde du vin, défenseurs de l’appellation, qu’on peut remercier pour leur implication en les faisant rentrer dans la confrérie, sachant qu’à notre niveau, aucun vigneron de l’appellation ne peut être intronisé : chaque vigneron peut rentrer dans la Confrérie comme acteur, mais il est normal d’être un acteur et de ne pas attendre un remerciement pour l’appellation. Donc on remercie des gens qui défendent l’appellation, ou son rayonnement national ou international, ou bien à l’inverse on motive des personnes extérieures à l’appellation pour qu’ils puissent s’y impliquer. Pour leur ouvrir les yeux sur l’existence de cette appellation, sur ses vins.

 

 

 

Vous participerez notamment à la grande soirée de lancement de la Paulée. Pourquoi importe-t-il pour vous d’être présent ?

 

C’est pour moi l’une des rares occasions de l’année où les vignerons peuvent faire déguster leurs vins aux Chalonnais, sans être au milieu d’un salon commercial ou d’un acte de vente pur, mais juste un moment de partage et d’exposition de l’appellation. Cela me paraît donc plutôt humainement sympathique, intéressant en termes de communion avec les habitants de Chalon, parce qu’on a tous des Chalonnais comme clients dans nos caves le restant de l’année. C’est une période de l’année où c’est à nous d’amener les gens et de venir à la rencontre des Chalonnais plutôt que l’inverse. C’est donc plutôt convivial, et c’est l’esprit de la Paulée dans son sens classique, c’est-à-dire la fête de fin des vendanges. On vient fêter cette fin des vendanges dans la capitale de Chalon, cela me paraît normal d’offrir à boire quand on fait la fête, c’est aussi simple que ça !

 

 

Le tourisme œnologique se développe de façon assez significative depuis quelques années. Selon vous, quelle place tient la Côte chalonnaise dans ce secteur ?

 

Elle y a toute sa place, et elle en fait depuis bien longtemps. Peut-être pas, à l’époque, pour un déplacement purement viticole mais il y a énormément de chambres d’hôtes, de gîtes de France en Côte chalonnaise, c’est la première région où la transformation de la voie ferrée en Voie Verte amène du monde depuis les années 1980. L’oenotourisme faisait partie des voies pour que rayonne la Côte chalonnaise, même s’il n’avait pas forcément comme aujourd’hui l’écoute et les intérêts politiques, nationaux ou régionaux. Mais je crois qu’on peut faire plus.